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Lever le siège culturel en Israël : Lettre de protestation d’écrivains

mardi 1er novembre 2016

Lever le siège culturel en Israël

Nous, intellectuels du monde entier, nous élevons la voix contre la censure des livres pour des raisons politiques et/ou idéologiques. Ces derniers temps, on nous a annoncé que le roman (Hasout) de l’écrivain israélien Sami Michaël a été interdit dans les écoles d’Israël pour des raisons politiques, cela selon les déclarations de la Présidente de la Commission de la Littérature de la Commission Bitton (cette dernière ayant pour but d’intégrer dans les programmes culturels divers un nombre plus important d’écrivains et artistes israéliens venus des pays de Maghrébins et d’Orient). En même temps, un autre livre de Sami Michaël Une trompette dans le Wadi, déjà au programme du Baccalauréat depuis des dizaines d’années a été lui aussi sorti du programme scolaire. Le Ministre de l’Enseignement Naphtali Bennett, du Parti National-Religieux La Maison Juive, a donc nommé cette Commission dans le but de promouvoir le judaïsme sépharade. Elle devait donc apporter des conseils concernant la littérature dans les écoles. C’est cette même commission "officielle" qui a inscrit sur sa liste comme livre obligatoire au Bac le roman de Sami Michaël Une Trompette dans le Wadi. Cependant, lorsque cette liste est passée entre les mains du Ministère de l’Enseignement et est devenue publique, les membres de la Commission se sont rendus compte que le livre de Sami Michaël n’y figurait pas… Or Une Trompette dans le Wadi est l’unique livre au programmes des lycées juifs qui décrit des relations entre juifs et arabes. Le ministère l’a donc remplacé par un autre roman de Michaël Hoffen shel Arafel qui décrit la vie des juifs de Bagdad… Les deux romans de Michaël Une Trompette dans le Wadi et Hasout décrivent les relations entre juifs et arabes en Israël et les deux communautés sont représentées en tant qu’êtres humains "égaux". Une Trompette dans le Wadi, un des plus populaire livres en Israël, est une histoire racontée du point de vue d’une jeune arabe et présente un amour entre celle-ci et un jeune homme juif de Haïfa, ville où vit Michaël. Hasout, qui a été reçu par la critique d’une manière excellente, décrit aussi la complexité des relations entre juifs et arabes. Le veto concernant Hasout ainsi que la censure d’Une Trompette dans le wadi, ne sont que la continuation directe d’une politique de séparatisme et de non-acceptation de l’autre promue par le Gouvernement israélien de droite qui veut tracer une ligne de démarcation entre les citoyens juifs "légitimes" et les citoyens arabes "légitimes à moitié"… Cela a commencé avec l’appel du Premier Ministre Benjamin Netanyahou à ses électeurs de se dépêcher aux urnes lors des dernières élections, sous prétexte que les arabes "se précipitent en masse pour voter"… Cette attitude est commune aux autres membres du Gouvernement qui professe une politique séparatiste, une sorte de numerus clausus envers les arabes d’Israël, politique qui traite les citoyens en fonction de leur idéologie. Par exemple, la ministre de la Culture Miri Reghev essaie de promouvoir une loi appelée "la loi de la fidélité" selon laquelle on refusera de subventionner des artistes qui critiquent avec virulence l’État et qui se moquent des "symboles nationaux". Reghev avait aussi au préalable arrêté la subvention du Théâtre arabe de Haïfa Al Mydane à cause de son programme… L’acte de la censure des romans de Sami Michaël qui prônent une possibilité d’entente, de vie commune et des relations d’amitié ou d’amour entre juifs et arabes, constituent un message qui va à l’encontre de l’occupation, des exactions et de la discrimination de la population arabe. Cette censure vient juste après l’annulation du roman Haie Vivante de la romancière israélienne Dorith Rabynian et dont le sujet est la vie de couple d’un palestinien et d’une israélienne. Il paraît donc que le Gouvernement Netanyahou est en train de faire une "révolution culturelle" dont le nationalisme exacerbé réduit à néant les arabes palestiniens vivant en Israël et en Palestine, et tend à rayer toute possibilité de paix et de vie décente entre les deux peuples. Nous, écrivains et intellectuels du monde, nous faisons appel au Premier Ministre israélien et aux Ministres de la Culture et de l’Enseignement, de faire marche arrière et de ne pas introduire la politique dans l’enseignement et dans la culture pour des raisons idéologiques. La Littérature comme tout art, est universelle, elle traverse les frontières et les religions, elle doit provoquer des questions existentielles et des débats moraux, sociaux et humains. La littérature n’a pas pour but de servir une politique, une idéologie ou un parti.

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