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Renata LESNIK : Hommage de Sylvestre CLANCIER

mardi 1er novembre 2016

Lettre de Sylvestre CLANCIER adressée à Renat LESNIK :

Chère Renata Lesnik,

En ce mois d’octobre 2016, nous sommes toujours meurtris par le souvenir de la courageuse et généreuse journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée voici dix ans déjà, le 7 octobre 2006, dans l’entrée de l’immeuble où elle logeait quand elle était à Moscou. Et si j’évoque ici la mémoire d’Anna Politkovskaïa c’est parce que nous sommes meurtris par votre disparition, parce que vous étiez, comme elle, de ces femmes journalistes et écrivains qui ne plient jamais, même devant les pires menaces et persécutions, quand il s’agit de défendre des valeurs humanistes et faire en sorte que la vérité concernant les pires agissements soit toujours accessible et connue.

Je dis cela en conscience, car élu Secrétaire général du PEN Club français de 1999 à 2005, puis président de 2005 à 2012 et de nouveau président intérimaire depuis cet automne en qualité de président d’honneur et dans l’attente des nouvelles élections qui auront lieu l’an prochain, je sais de quoi je parle pour avoir participé à de nombreux Congrès mondiaux et rencontres internationales au sein du PEN International dont j’ai été également administrateur pendant plusieurs années.

Votre consœur, la russologue Hélène Blanc, membre comme vous du PEN Club français, qui a été reçue, comme vous l’avez été, tant par le PEN Club français que par les Amis du PEN Club et leur dynamique présidente Fanny de Rocquigny vous a à juste titre soutenu dans tous vos combats, depuis que vous avez pu vous réfugier dans notre pays. Elle sait, elle aussi, mieux que quiconque, le poids de ce que j’évoque ici.

Vous êtes née voici soixante-sept ans en Moldavie soviétique au sein d’un couple que les circonstances historiques ont forcé à se séparer dans l’espoir que cela vous donnerait plus de chance dans la vie. Votre père qui avait l’esprit libre et protestataire était, en effet, un proscrit du régime et votre mère, fière et courageuse institutrice, savait tout le prix qu’il y a à pouvoir faire des études. Il ne fallait pas vous sacrifier en sacrifiant votre avenir.

Pendant votre vie entière, que ce soit dans votre pays natal où un peu partout en URSS, puis à l’étranger lorsque vous avez dû partir parce que votre existence même et votre liberté étaient menacées en raison de vos prises de position et de vos combats, vous avez toujours manifesté concrètement le souci de votre entourage, aussi bien de vos concitoyens anonymes que des citoyens exploités que vous aviez rencontrés, que de voisins, d’amis ou de membres de votre famille. Cela est une qualité rare qui mérite d’être soulignée.

Vous avez dû en conséquence fuir votre pays et, en 1983, vous avez été condamnée à mort par contumace en Union soviétique, pour Haute trahison d’Etat (parce que vous étiez passée à l’Ouest et que vos prises de position critiques dénonçaient le régime soviétique et ses crimes (votre livre Ici Moscou était paru chez Hachette en 1982).

En France, vous avez continué à subir de pesantes et fréquentes menaces. Vos ennemis n’avaient pas désarmé. En 2005, nous avons alerté le PEN Club International à votre sujet, et, à Bled en Slovénie, une motion officielle a été votée par l’Assemblée des délégués, pour vous protéger. Je suis personnellement intervenu en tant que Président du PEN Club français, à la conférence de presse de clôture du Congrès revenant sur votre cas d’écrivain menacé jusque sur le territoire français. Nous avions d’ailleurs alerté notre Ministère des Affaires étrangères à ce sujet. Nous espérions bien que l’action du PEN Club ajoutée à celle d’autres associations, notamment Reporters sans Frontières, allait constituer une protection efficace pour vous, écrivain à qui l’on reprochait d’exprimer des vérités gênantes. En effet, avec votre amie et consœur, Hélène Blanc vous avez écrit et cosigné de nombreux essais lucides et critiques mettant en évidence les méfaits des mafias et des oligarques, la corruption politique et les agissements du KGB et de ses successeurs, tant en Russie qu’à l’étranger. Vous n’avez épargné personne et, de ce fait, vous n’avez pas été épargnée.

Chère Renata, maintenant que vous nous avez quittés, nous tenons à vous redire notre estime et notre admiration. Nous tenons également à témoigner de la valeur de vos engagements humanistes et fraternels pour un monde plus démocratique, plus honnête et plus transparent et dire tout le respect que le PEN Club français, les autres PEN et le PEN International ont pour votre exercice de la liberté d’expression et de témoignage au service de la vérité.

Le Président d’honneur du PEN Club français Sylvestre Clancier

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